MAGAZINE « DES RACINES ET DES AILES » au Musée GUIMET

 

Le magazine de France 3 « Des racines et des ailes » du mercredi 5 novembre, qui a pour titre « Afghanistan : à la recherche des trésors perdus », est diffusé à partir du musée Guimet (Rediffusion mardi 11 à 22 h 25 sur TV5).

Un reportage en Afghanistan montre les ravages du vandalisme, de l’iconoclastie et du trafic sur le patrimoine afghan. A Aï Khanoun, devant un site grec totalement ravagé, qu’une mission archéologique française avait fouillé au début des années 60, Roland Besanval, archéologue, dit : « Le problème du trafic d’antiquités, du pillage, est assez similaire à celui de la drogue. C’est la demande qui conduit à cette dévastation vraiment énorme. Il faut se dire qu’un site qui est détruit, c’est terminé, c’est pour l’éternité. L’Histoire est perdue pour l’éternité. »

Retour au musée Guimet. Pas un mot sur André Malraux qui fut sans doute le plus grand trafiquant du patrimoine afghano-pakistanais (voir Malraux grand homme ?) …

 

Reportage suivant au Cambodge, après lequel on entend Pierre Baptiste, conservateur du patrimoine d'Asie du Sud-Est, raconter devant un Patrick de Carolis arborant un petit sourire aux lèvres :

«- …vers 1923, un Français, érudit, un amateur d’art, qui se promène au Cambodge avec des idées bien déterminées, avec une scie dans son sac, qui va traverser la forêt, profiter du fait que Banteay Srei c’est un petit peu excentré, c’est pas vraiment un monument historique classé au titre des monuments historiques comme les autres monuments du site. Et puis il découvre des bas-reliefs qui sont somptueux…

- Et ce Français s’appelle ?

- Ce Français s’appelle tout simplement André Malraux. Il est tout jeune à l’époque, il a 22 ans. Ça va lui valoir évidemment beaucoup d’ennuis. Il va être arrêté…

- Il va faire de la prison ?

- Oui, alors… c’est une prison assez aménagée malgré tout. Il va être enfermé dans un petit hôtel de Phnom Penh. Il ne sera pas vraiment incarcéré, en fait. C’est l’intelligentsia à l’époque qui va se mobiliser pour veiller à ce qu’il ne lui arrive pas trop de choses désagréables. Mais les bas-reliefs restent au Cambodge et ils sont remontés dans le temple au moment de la restauration.

- Malraux, d’ailleurs, ne cachera jamais, hein, cet épisode de sa vie ?

- Pas du tout. D’ailleurs, ça va lui valoir d’écrire La Voie royale qui est tout de même un grand chef d’œuvre… »

 

Cette façon anodine et indulgente de parler du pilleur et trafiquant Malraux a déjà été rencontrée chez les autorités du musée Guimet (voir Afghanistan). Attendre d’un fonctionnaire qu’il ait le courage de s’élever contre une autorité, a fortiori un ancien ministre, vache sacrée et panthéonisé, est certainement trop demander. Par ailleurs, le journaliste du Figaro Magazine Patrick de Carolis ne passe pas lui non plus pour un rebelle : « porte-micro », comme dit Le Canard enchaîné, de Bernadette Chirac en 2001 pour le livre d’entretiens et best-seller Conversations, il vient de se voir remettre la Légion d’honneur par Jacques Chirac, le 30 octobre à l’Elysée. Il reste que cette complaisance et ce laxisme sont indignes.

 

© Jacques Haussy, 10 novembre 2003