NICOLAS, de Dominique FERNANDEZ, Éditions Grasset, 1999

 

 

Une lectrice me signale le passage suivant d’un roman de Dominique Fernandez (pp. 181-182). Je m’empresse de vous le donner à lire. Vous noterez la proximité avec l’opinion d’André Fermigier (voir Les ignorants, paragraphe Marie Colmant, sur ce site). La scène se passe à l’Opéra Garnier.

 

[Nicolas] regardait le plafond. Les créatures bleues et roses qui tournoyaient au fond de la coupole lui rappelaient les illustrations qu’il feuilletait tout enfant chez sa grand-mère, dans les montagnes reculées de l’Oural.

« Ce n’est pas le plafond d’origine, dit Rachid, heureux de trouver une diversion. Il y avait autrefois des nymphes et des bosquets, style Troisième République. Un décor pompier de femmes nues et de fêtes champêtres, du même acabit que les peintures du foyer et que le reste de l’édifice. Tu n’aimes pas les romans de Malraux. Auteur infatué, m’as-tu dit, style boursouflé. Tout à fait d’accord, sauf que le ministre a été encore plus mauvais que l’écrivain. C’est une de ses nombreuses sottises que d’avoir dépareillé un ensemble aussi complet. Nous tenions là un témoignage, qui était resté intact, du goût et des aspirations d’une époque. Le nouveau plafond est magnifique, je l’aime beaucoup, mais il ne va pas ici. Aurait-on idée d’installer des statues de Botero sous les colonnes du Parthénon ? Ou de remplacer la rosace de la cathédrale de Strasbourg par un vitrail cubiste ?

 

 

mai 2004